Tous les journalistes n’ont pas la même chance

Suite à l’expulsion d’Ursula Gauthier de Chine, intéressons-nous à la condition des journalistes dans le monde. Vous serez surpris de découvrir encore des pays où ceux-ci n’ont aucun droits et surtout une peur constante au ventre.

 Le 31 décembre 2015, quelques secondes avant minuit, Ursula Gauthier, correspondante française en Chine de l’Obs, a passé les derniers contrôles avant de prendre son avion pour la France. La journaliste a résisté, attendant l’ultime moment pour quitter le territoire chinois dont elle était renvoyée.

Le 18 novembre 2015 est publié par Ursula l’article qui lui vaudra son expulsion. Dans celui-ci, elle refuse l’amalgame fait par le gouvernement chinois sur les Ouïghoures. Ce peuple vivant minoritairement au Xinjiang, est depuis toujours persécuté. Ainsi, au mois de septembre un attentat par des Ouïghoures dans cette région faisait 17 morts. Le problème est que le gouvernement chinois qualifie les Ouïghoures de terroristes djihadistes à cause de leur religion musulmane. La Chine prone donc un amalgame qui incite l’oppression envers cette catégorie de population, les poussant ainsi à se replier sur eux-mêmes et à intérioriser leur volonté de vengeance. Ursula Gauthier a voulu expliquer que ce peuple ne pouvait pas être qualifié de terroriste simplement parce que les hommes avaient une barbe, que les femmes portaient le voile et qu’aucun ne buvait d’alcool. Elle dénonce par ailleurs les lois de plus en plus sévères appliquées à ces personnes comme une liste de prénoms musulmans qui n’ont plus le droit d’être portés, l’interdiction de faire le Ramadan et la suspicion d’extrémisme religieux pour tout homme barbu et toute femme voilée.

 Ursula, invitée sur le plateau du Petit Journal lundi 4 janvier, dénonce à cette occasion la situation des journaliste étrangers en Chine qui sont surveillés et à qui l’on reproche de parler librement. De plus, elle explique que la France n’a pas exercé une pression assez forte pour faire changer d’avis les Chinois étant donné qu’elle voulait la signature de la Chine pour la COP21. Elle a donc préféré ne pas intervenir en faveur du gouvernement. Cependant, la journaliste française reproche à la France de ne pas être franche avec la Chine, elle cite par ailleurs l’Allemagne qui est le pays possédant le plus de contrat avec la Chine et qui, pourtant, n’hésite pas à rencontrer le dictateur quand il y a un problème. L’interview se finit par un espoir d’Ursula au sujet des autres journalistes étrangers en Chine: elle leur souhaite de continuer et espère qu’ils y arriveront.

 Qu’en est-il donc de la situation des autres journalistes français dans le monde ?

 On a donc nous même contacté des correspondants à l’étranger. Anaïs Renevier a accepté de nous parler de ses conditions de vie et de travail au Liban, pays dans lequel elle a exercé son métier pendant de nombreuses années. Mais aujourd’hui, Anaïs est rentrée en France. Au Liban elle était pigiste, donc payée à l’article. C’est un domaine très difficile du journalisme car les pigistes n’ont pas un salaire fixe et doivent trouver les ressources nécessaires pour subvenir à leurs besoins les mois où leurs articles ne sont pas acceptés.Etre pigiste est dur partout” nous dit-elle, mais en France par exemple, ces journalistes peuvent recevoir des aides pour les mois les plus difficiles. Une des choses qui a poussé Anaïs à partir a surtout été le manque d’intérêt pour les correspondants ces derniers temps.

Les Médias traitent mal ces derniers :  Anaïs nous a, par exemple, parlé d’une de ces amies qui, après avoir fait un article sur un attentat en Syrie, a reçu un mail de son rédacteur lui disant que 2000 morts de plus ou de moins en Syrie “on s’en fichait”. Ce genre de choses est très dur à vivre pour des journalistes qui sont tous les jours sur le terrain, confrontés à des réalités difficilement supportables. Anaïs nous explique aussi que c’est encore plus compliqué pour les journalistes libanais car ils sont victimes de la censure et peuvent être exécutés : rappelons que le Liban est 106 sur 180 au classement de la liberté d’expression de Reporters Sans Fontières (RSF). Cependant, malgré toutes ces difficultés, Anaïs est prête à revivre la même exprérience qui est “une belle expérience professionelle”. Elle a d’ailleurs écrit un article intitulé La petite mort des correspondants : elle y décrit ces conditions de travail et surtout le manque d’intérêt des rédacteurs de grands journaux. Mais elle n’est pas la seule, par exemple, Francesca Borri a écrit un texte elle aussi sur ses conditions de vie en Syrie. Texte remarquable et extrêment émouvant qui a cependant sucité de nombreuses critiques. Nous n’avons cependant pas pu la contacter à cause d’un problème de connexion.

 Dans le monde, les journalistes ne possèdent pas tous les mêmes droits et surtout n’ont pas tous les mêmes conditions de vie. Au classement mondial de la liberté de la presse et de l’expression (réalisé chaque année par RSF), le premier pays est la Finlande et le dernier (180ème) est l’Erythrée.

 L’Erythrée est un petit pays d’Afrique qui a pour dictateur Issayas Afeworki. Ce pays est la dictature la plus sanglante d’Afrique, il cumule les violations des droits de l’Homme avec des arrestations, des détentions et des disparitions forcées de journalistes étrangers. Cela fait 8 ans que ce pays est dernier du classement. En effet, en septembre 2001, le dictateur a ordonné la fin de tous les journaux indépendants du pays. Il ne reste que très peu de journalistes aujourd’hui et ceux-ci vivent sous la crainte d’être arrêté à tout moment. Le dernier média indépendant et non contrôlé par l’état est la radio Erena dont le siège est à Paris. La plupart des journalistes préfèrent quitter le pays plutôt que de vivre dans d’aussi abominables conditions.

 En opposition, la Finlande est première du classement depuis 2009. Les Finlandais sont très ouverts au journalisme et continuent de lire souvent le journal malgré l’ère numérique. Celui-ci a une fonction beaucoup plus officielle et plus libre que dans d’autres pays. Les journalistes respectent une chartre déontologique stricte. De plus, les gens ont plus facilement accès à l’information en Finlande, ce que facilite la communication et le respect du journal. La presse est très respectée et c’est ce qui la pousse vers le sommet du classement.

 Ainsi, les différences entre les pays sont grandes. Il existe des journalistes qui sont constamment en danger et qui mettent leur vie en jeux pour faire un travail qui les passionne. Il reste énormément de progrès à faire dans certains pays pour que chacun puisse enfin vivre une vie sereine, exercer un métier sans crainte et pouvoir informer la population.

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