L’utopie d’un système d’évaluation sans note en France

Les systèmes d’évaluation instaurés dans certains pays, notamment en Norvège jusqu’à la classe de 5ème, ont permis de réduire l’échec scolaire mais aussi d’améliorer l’adaptation au cycle secondaire (collège). Pourtant, ce système n’a été expérimenté que dans quelques écoles et collèges en France sans pour autant être envisagé comme applicable au niveau national.

Une évaluation permettant un meilleur apprentissage

En 1995, le système éducatif norvégien décide d’interdire les notes alphabétiques et numériques pour l’ensemble des écoles primaires mais aussi pour l’équivalent des classes de 6ème et 5ème françaises.

Le but étant de permettre aux élèves en difficulté de pouvoir connaître leurs faiblesses et les objectifs pédagogiques qu’ils doivent atteindre sans pour autant avoir l’impression d’être en échec. A la place, les enseignants doivent remplir des fiches d’évaluation présentant les forces et faiblesses scolaires de l’élève, ainsi qu’un bilan de son développement psychologique et social. Ils doivent aussi soumettre aux parents les objectifs pédagogiques que l’enfant doit atteindre et quels sont les moyens et méthodes qu’ils comptent utiliser pour l’aider à atteindre ses objectifs. Le même système a été instauré dans les écoles primaires danoises. Ainsi, l’élève ne ressent aucune pression et reçoit des travaux adaptés à son niveau. De plus, aucune compétition n’est permise puisque les élèves n’ont aucune échelle de référence à laquelle se comparer. Les élèves norvégiens ne reçoivent leurs premières notes qu’à l’âge de treize ans et sont donc plus en mesure de comprendre qu’une mauvaise note n’est pas une fatalité.

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Un système testé en France

Au cours des dernières années plusieurs écoles et collèges français ont aussi mis en place des systèmes d’évaluation sans notes, principalement jusqu’à la classe de 4ème. Ainsi, en septembre 2014, au collège Jean Malaurie en Seine Maritime, les élèves de 6e ont vu leurs notes sur 20 devenir des pastilles de couleur évaluant leurs compétences. Cette suppression des notes chiffrées a été décidée par la principale de l’établissement afin d’éviter l’effet démotivateur que peuvent avoir des notes en-dessous de la moyenne.

En effet, les élèves de 6ème doivent déjà supporter tout le stress que peut apporter le fait de se retrouver dans un nouvel établissement, de découvrir des nouveaux horaires et des nouvelles façons de travailler. L’adaptation au collège peut être très compliquée et mener parfois au découragement total d’un élève. Or, être découragé dès la première année de son cycle secondaire n’est pas la meilleure des bases afin d’un jour obtenir un diplôme. En France, 110 000 élèves sortent chaque année du système éducatif sans diplôme, selon le ministère de l’Education nationale. Le décrochage scolaire pourrait être prévenu dès l’entrée en 6ème par une notation plus adaptée à chacun.

Le code couleur allant du vert au rouge instauré au collège Jean Malaurie permet donc aux élèves de savoir s’ils maîtrisent ce qu’ils ont appris et se divisent en 5 niveaux différents: expert, acquis, à renforcer, non acquis, non évalué.

Bien que ce système demande un travail plus important aux professeurs, puisqu’ils sont contraints de fournir des informations plus détaillées sur chaque bulletin qu’en temps normal; les résultats au bout de quelques mois sont plutôt positifs : des élèves plus détendus et moins angoissés à l’idée de participer en cours et de se tromper, et des parents mieux informés de l’évolution de leurs enfants.

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Un système impossible à l’échelle nationale

Pourtant, malgré les bienfaits de ce système, le ministère de l’Education nationale refuse son instauration dans toutes les classes de 6ème de France. En effet, le plus gros problème d’un tel changement est l’investissement encore plus important que les professeurs devraient fournir. Or, lorsqu’il y a déjà un effectif insuffisant de personnel dans beaucoup de collèges qui obligent les enseignants à devoir prendre charge un nombre excessif de classes en même temps, un suivi personnel aussi poussé est utopique. Devoir fournir des informations aussi précises sur chaque élève lorsque l’on enseigne à 4 ou 5 classes différentes de 30 élèves relève du miracle. Ce débat autour d’un système sans notes soulève donc aussi celui du manque d’enseignants en France et des classes surchargées.

Enfin, bien que beaucoup de pays nordiques aient supprimé les notes dans les premières années de leur cycle secondaire, une extension aux classes supérieures n’a pas encore été envisagée. Il n’y a d’ailleurs aucun pays au monde qui a pour l’instant décidé de supprimer les notes arithmétiques ou alphabétiques de l’ensemble de son système éducatif. En effet, les élèves plus âgés, en général à partir de seize ans, sont considérés comme assez matures psychologiquement et émotionnellement pour comprendre une notation sur 20 ou 100. Mais est-ce vraiment le cas ? Le stress de recevoir une mauvaise note n’est-il pas aussi important à 11 ans qu’a 16 ans ? Un bulletin avec plusieurs 4 ou 5 sur 20 et un simple commentaire n’est-il pas aussi démotivant si ce n’est plus en classe de 2nde qu’en 5ème ?

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