Le prix Sakharov pour le prisonnier Raif Badawi

Depuis 1988, le prix Sakharov est décerné par le Parlement européen très investi dans la lutte pour les droits de l’homme ainsi que la liberté d’esprit et d’expression. Cette année, c’est le créateur du blog Free Saudi Liberals qui bénéficie des 50 000 euros remis par Martin Schulz.

Le prix Sakharov

Le prix Sakharov tire son nom d’Andreï Sakharov, soviétique qui défendit les droits de l’homme en URSS. En effet, bien qu’il collabora avec Igor Kourtchatov pour concevoir la bombe H, il prit ensuite conscience de l’impact de son œuvre. Ainsi, il devient le défenseur du peuple et critiqua ensuite les méthodes peu orthodoxes de son gouvernement. Il obtient, grâce à ses différents actions et oeuvres, le prix Nobel de la paix en 1975. Il obtient de nombreux autres prix en plus d’être à l’origine de l’un d’eux. C’est en hommage à son combat que le Parlement européen créa ce prix. Par sa liberté d’expression et de pensée, il perpétua sa lutte à travers les années. De grands noms tels que Nelson Mandela furent récompensés par ce prix. Le prix Sakharov ne récompense pas seulement des personnes mais aussi des associations qui luttent pour la liberté d’esprit ainsi que les libertés fondamentales. Cette année, le Parlement européen nomine donc huit personnalités singulières ou collectives. Et au mois d’octobre, la Conférence des Présidents choisit le lauréat.

Le lauréat de l’année

L’année dernière, Denis Mukwege est élu lauréat. Denis est un médecin congolais qui consacre sa vie à réparer le corps et à reconstruire la vie de dizaines de milliers de femmes et de jeunes filles congolaises victimes de viols collectifs et de violences sexuelles lors du conflit qui fait rage en République démocratique du Congo.

En 2015, c’est Raif Badawi qui est choisi pour son combat pour une Arabie Saoudite plus libérée moralement. Avec son blog, Free Saudi Liberals en partenariat avec Souad al-Shamani, saoudienne militant pour le droit des femmes, Raif tente d’ouvrir le dialogue afin que les internautes s’intérressent à une libéralisation religieuse.

Mais il est de nombreuses fois arrêté, exilé. Le gouvernement saoudien tente de le faire taire en vain. En juin 2012, les accusations que lui portent son pays s’aggravent. Il est jugé et emprisonné à cause de plainte de plusieurs religieux extrémistes jugeant ses écris, ainsi que les débats ayant lieu sur son blog, insultants pour l’islam.

Il est condamné à 7 ans de prison et 600 coups de fouet en 2013. Sa famille est alors obligée de s’exiler, d’abord au Liban, puis en Egypte pour terminer leur périple au Canada où ils reçoivent l’asile. Puis Raif est de nouveau jugé. En faisant appel, il pensait changer la donne mais sa condamnation est encore plus lourde…

Les coups de fouet augmentent au nombre de 1000, son temps d’emprisonnement passe à 10 ans et pour couronner le tout il doit payer une amende d’un millions de ryads, la monnaie saoudienne (environ 244 000 euros). Une fois sa peine achevée, Raif est interdit de voyage pendant 10 ans encore.

Une peine bien lourde pour un simple blog, mais les saoudiens sont intransigeants devant ce qu’ils qualifient d’apostasie et d’insultes à l’islam. Son avocat est condamné aussi et sa collaboratrice arrêtée.

Le 9 janvier 2015, 50 coups de fouet sont donnés au blogueur devant des centaines de spectateurs. Face à l’horreur d’une telle violence, plusieurs pays s’indignent dont les Etats-Unis et la Communauté européenne. Des manifestations sont organisées, et même l’ONU s’en mêle, demandant au roi Salmane ben Abdelaziz Al Saoud d’agir.

Il accepte alors que son cas soit réexaminé une nouvelle fois et la deuxième séance de flagellation est repousée devant l’état déplorable du prisonnier. Mais à ce jour, Raif Badawi reste emprisonné,ce qui va à l’encontre du symbole même de cet homme qui exerçait seulement son droit d’expression et d’opinion.

La remise du prix a eu lieu à Strasbourg le 16 décembre 2015, en session plenière. Malheureusement, le lauréat, toujours emprisonné, n’a pas pu y assister. Il ne sera pas le premier, ni le dernier, la lutte pour les droits et libertés de l’homme existant depuis déjà bien des années, tout comme les tyrans et les religions extrémistes.

Avant lui déjà, Aung San Suu Kyi, femme politique birmane qui s’opposait pacifiquement à son gouvernement, a été primée lauréate en 1990 mais n’a reçu son prix que le 22 octobre 2013.

En Arabie Saoudite, les condamnations contre la liberté d’expression sont fréquentes. Déjà en 2014, Waleed Abu al-Khair est condamné à 15 ans de prison pour insulte de l’état et de sa justice.

Bien que l’absence du principal intéressé se soit fait ressentir, sa femme, Ensaf Haidar, était présente. Très émue, elle prononça un discours plein d’espoir où pointait sa rage de vaincre ce régime injuste.

Elle expliqua que la lutte pour les droits de l’homme ne sera jamais finie malgré l’enfermement de son mari : il y en aura d’autres comme lui et la dictature ne pourra pas tous les faire taire. En dépit de la sommation du Parlement européen de libérer Raif Badawi immédiatemment et sans condition, celui est toujours emprisonné.

Mais comme l’explique Ensaf Haidar  dans son émouvant discours, face à la haine et la repression il ne faut jamais cesser de lutter. Un jour la justice triomphera et Raif Badawi est aujourd’hui un modèle à suivre.

Symbole de courage, il a pris des risques pour tenter de faire avancer les choses. C’est aujourd’hui à chacun de suivre les pas d’un homme profondément bon, prêt à risquer sa vie pour tenter d’atteindre un idéal. Raif Badawi est l’un des héros actuels.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s